Complet et « Converse »

Le deuil d’une rupture amoureuse est une des choses les plus difficiles à faire. Je ne me rappelle pas avoir eu à faire face à une situation aussi douloureuse au cours de ma vie. J’en ai vécu une seule. Une vraie foutue peine d’amour. De plus, j’avoue l’avoir très mal gérée.

C’est un état temporaire, mais qui semble tellement long. Quand une personne meurt, tu pleures parce qu’elle est partie, elle n’est plus là. C’est officiel qu’elle ne reviendra pas. Quand une relation se termine, tu le sais que l’autre personne est là, bien vivante, et qu’elle vit son bonheur pendant que toi, tu t’enfonces. Quand il y a des enfants dans le portrait, le maintien d’un contact n’est pas optionnel. C’est impossible de couper les ponts complètement. Son bonheur est là, sous ton nez.

À la suite de ma rupture, je suis convaincu que j’ai vécu un traumatisme. Je ne pèse même pas mes mots. Ç’a été difficile. Chaque personne est unique. Certaines personnes vont l’accepter plus facilement et d’autres vont avoir énormément de difficulté à la surmonter. Pendant des mois, j’ai stagné à l’étape du déni au cours du processus de deuil amoureux. Je voulais tellement ne pas m’admettre que c’était vrai que j’ai cherché par tous les moyens à me sentir mieux. C’était un mode de fonctionnement devenu pratique. « Je n’ai pas vu ça! Non, je n’ai pas vu ça… »

Par la suite, ça s’est vraiment bousculé. J’ai navigué entre la colère, la négociation et la tristesse un peu au gré du vent. J’ai été un parfait enfoiré avec la mère de l’Héritier par moment. J’ai essayé de la convaincre de revenir et j’ai rejeté la faute sur la planète entière pour mon malheur. Toutes les raisons étaient bonnes pour me maintenir dans cet état « fonctionnel ».

Tranquillement, j’ai réussi à sortir la tête de l’eau et j’ai voulu penser à moi un peu. J’ai commencé simplement en m’alimentant un peu mieux (20 livres supplémentaires depuis la rupture n’est pas la réussite de l’année), en allant marcher sur l’heure du lunch, passer chez la coiffeuse une fois par mois pour me relooker un peu et aller diner en solo à la Taverne de la Ferme un vendredi sur deux.

Le déclic que j’ai tant attendu

Dernièrement, j’en avais assez d’être dans cet état et j’ai renoué amicalement avec la mère de l’Héritier. Je n’ai aucun regret de l’avoir fait, mais ça ne m’a pas mené où je le souhaitais. J’avais besoin de lever le drapeau blanc pour me sortir de cette colère qui m’embrouillait les idées. J’avais besoin de retrouver le « bon vieux moi ». On a eu plusieurs échanges « texto ». On a même été diner ensemble un midi.

Je n’ai jamais eu de discussions aussi franches et calmes avec elle en 17 ans de vie commune. Avec le recul, je trouve cela incroyable et pathétique à la fois. C’était tellement étonnant pour moi comme pour elle. Je suis persuadé qu’elle a pensé que ça pourrait remarché tellement on a été capable de se parler et de s’écouter durant cette heure là. On fini par connaître quelqu’un après autant de temps passé ensemble. Puis, au cours des derniers jours, elle m’a communiqué sa perception de façon équivoque et limpide. J’ai été un côté sombre de sa vie, un retour en arrière ne sera plus jamais envisageable et s’est terminé. Point barre! J’ai « secrètement » espéré un retour en arrière. Je ne le souhaite plus dans ces conditions. Je ne partage pas non plus sa perception sur notre relation. Je ne m’en sens plus coupable suite à ce message. On se fait chacun notre propre film. Le mien était différent. Ça été l’événement libérateur que j’ai tant attendu. On enlève le pied du frein et on fonce.

Avant la rupture, j’ai toujours pensé qu’on était heureux et que les choses allaient s’améliorer. J’ai fait des efforts honnêtes pour y arriver. Lorsque j’ai lu ce message dans lequel elle m’a livré ses pensées, je me suis demandé pourquoi je tenais tant à m’accrocher à cette relation qu’elle considère avoir été aussi néfaste. Dans ces conditions, cette relation est malsaine pour moi aussi. Pourquoi je chercherais à m’accrocher à quelqu’un qui ne peut pas voir au-delà des obstacles et les surmonter à mes côtés? Pourquoi est-ce que je garderais ce désir de me battre pour tout ça? Poser les questions, c’est un peu y répondre. En analyse un peu simpliste, c’est une relation où tout n’était jamais clair. Une relation où les moyens de communication des deux personnes étaient diamétralement opposés. On pourrait comparer l’assortiment de mon ancien couple à un complet noir, taillé sur mesure et élégant à 5000$ qu’on porterait avec une paire de « Converse » rouge vif.

L’importante leçon que j’en retire c’est que la mère de l’Héritier a pensé à son bonheur avant le mien ou celui de l’Héritier. Elle s’est sortie du coin «sombre» dans lequel elle se sentait coincée. Je suis heureux pour elle, très sincèrement. Il est temps que je fasse la même chose. Je dois sérieusement songer à la phase de reconstruction que j’ai entreprise timidement. Moi aussi, je souhaite être heureux. Le côté obscur… Darth Vader peut se le garder.

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Le début de la « vraie » période de transition

Lors d’un de mes diners en solo, j’ai eu la chance de m’asseoir avec une connaissance à moi. J’étais épuisé cette journée-là. J’ai fermé les yeux et je me suis carrément assoupi sur la terrasse en dinant et en sirotant une rousse. Cette grande dame de la communauté où j’habite, a pris quelques minutes pour venir discuter avec moi. Un peu comme si elle avait senti que ça n’allait pas. Pendant notre discussion, elle m’a dit que les périodes de transitions n’étaient jamais faciles, mais qu’elles étaient nécessaires au cours d’une vie. J’ai eu la larme à l’oeil à ce moment-là. J’ai réalisé que je n’avais pas pris le temps de la vivre cette période de transition. Je me suis remis en couple aussitôt que la séparation a été officielle. La peur d’être seul? La passion que j’ai vécue? Honnêtement, je ne sais pas si je peux répondre franchement à cette question à ce moment-ci. Mais, j’ai cru que je pourrais réussir de nouveau en couple.

L’adage dit qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Malheureusement, j’en ai cassé un peu trop dans les derniers mois. J’ai cherché à brûler des étapes dans ma quête du bonheur à tout prix. Encore une fois, j’ai voulu aller trop vite. J’ai rencontré Nouvelle Amoureuse, Bonus Kid et son fils qui n’est pas Tanguy. J’y ai trouvé une famille qui m’aimait et pour qui j’aurai toujours une affection sans limites. Mais, je dois me rendre à l’évidence. Je ne suis pas en mesure d’offrir tout ce que Nouvelle Amoureuse était prête à m’offrir. Je ne suis pas encore prêt à m’investir autant qu’elle le souhaiterait. Je n’ai pas non plus envie de retomber dans une relation stable où je ne me sentirai pas parfaitement heureux. J’ai fait le choix de me concentrer sur mon propre bonheur.

La semaine dernière, j’ai quitté Nouvelle Amoureuse et cette nouvelle famille pour aller me reconstruire et vivre cette période de transition seul. Par la même occasion, je vais maximiser le temps qui m’est alloué pour m’occuper de l’Héritier. Avec lui aussi je dois refaire les liens. Je le sens que je lui manque même si il a l’air heureux.

Je disais, en début de texte, que le deuil amoureux est difficile à vivre. Je ne suis pas heureux de le faire subir à mon tour à Nouvelle Amoureuse. Mais, je dois penser à moi pour quelque temps. Je suis sincèrement désolé de devoir lui faire subir une rupture difficile. Je la remercie elle, et ses enfants, de leur accueil, leur amour, leur patience et leur joie. Ils ont été un rayon de soleil en permanence depuis notre rencontre. Certaines étoiles filantes valent la peine qu’on s’y attarde, même si elles sont éphémères.

Papa à temps partiel

Auteur : Frédérick Perrier

Papa d'un petit bonhomme de 7 ans (bientôt 8). J'ai été marié 17 ans et séparé depuis octobre 2017. J'apprends à gérer la "monopaternité", la vie en solo et à retrouver le bonheur.

5 réflexions sur « Complet et « Converse » »

  1. Malgré la tristesse de l’évenement, c’est un témoignagne tellement touchant et authentique que tu livre! Il manque tellement (sur la toile et dans la vie de tous les jours) qui ouvrent leur coeur pour parler des vraies choses, des émotions et de la parentalité. Je te lève mon chapeau! Je te souhaite de réussir à faire la paix dans ton coeur et de retrouver le sourire.. tu sais, le vrai sourire, celui qui vient du coeur.

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  2. Ton post m’a d’autant plus touché que mon conjoint m’a dit la même chose  » qu’il était malheureux  » mais contrairement à toi, je ne me suis pas dit toutes ces questions. Je suis restée au stade : je veux sauver les choses. mais ton point de vue fait réfléchir… au fond, c’est juste que les gens ne veulent pas affronter à deux les situations… et finalement, tu as raison… à quoi bon faire des efforts dans ce cas ? a quoi bon vouloir rester ?

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